du 2 au 16 juillet 2004
Propos sur : Se déplacer dans le paysage
" Mon expérience de la danse en espace ouvert a commencé quand j’étais très jeune et que j’étudiais avec Anna Halprin. Son studio était une plate-forme en bois dans la forêt au pied des monts Tamalpa. Nous apprenions à observer les formes, les mouvements, les textures. Lézards, nuages, arbres, espace, chaleur, odeurs. Etre conscient de notre propre réponse sur notre peau, dans notre corps. Voir la lumière et l’ombre passant sur la montagne et devenir un élément de ce mouvement. Trouver une place exacte dans un arbre, nous précipiter sauvagement dans le voisinage immobile d’une grosse pierre. C’est merveilleux de savoir comment le territoire a bougé jusqu’à trouver sa forme actuelle, et comment il bouge encore. D’avoir des informations sur l’état du terrain en dessous de la surface, et sur les gens d’autrefois qui ont vécu et marché là où nous sommes.
La pratique consistant à canaliser les impressions que me donne le monde, à travers mon corps, à travers mon mouvement ne m’a jamais quittée. Au cours de plusieurs années passées ma pratique du mouvement et de l’écriture sont devenue partie intégrante l’une de l’autre. Je suis particulièrement intéressée par les mots qui s’écoulent de la plume tout de suite après une expérience touchant notre perception en même temps qu’ils viennent à l’esprit, avec des pensées et des associations encore fraîches.
J’imagine qu’au cours de notre projet chacun de nous apportera sa propre sensibilité et sa façon de faire. Nous nous guiderons les uns les autres à travers certaines expériences qui rendront possible d’être influencés les uns par les autres, tout aussi bien que sur le plan individuel, nous poursuivrons notre propre recherche. Certaines personnalités, media, disciplines vont de façon naturelle converger vers une collaboration plus ou moins intense. Il y aura un équilibre entre la première semaine de recherche plus intime à l’intérieur d’un noyau d’artistes et de professionnels. Et la semaine suivante l’offre de structures dans laquelle une communauté plus large nous rejoindra." Simone Forti, traduction Laurence Louppe.
Déplacements dans le paysage s’adressait à des professionnels artistiques et scientifiques. Le public a été invité à une présentation des travaux de recherche.
Durant une semaine, un groupe de recherche a exploré la relation du corps en mouvement avec la nature, sur le territoire de la commune de Lamelouze : site préhistorique de Peyraube, gorges du Galeizon, crêtes du Mortissou, jardins et châtaigneraie de l’Arboux. Un espace de travail s’est ajouté aux terrains d’expérimentation durant cette semaine : un plateau de danse a été installé dans une châtaigneraie communale. De cette manière, une alternance entre les moments d’expérimentation in situ et d’improvisation dansée permettait à tous d’évaluer la progression de la créativité, la mise en éveil des sens, la perception des éléments et les sensations dans le corps.
Le contexte était un élément essentiel dans la démarche à double titre : la relation à l’environnement naturel, l’installation dans un lieu d’activité rurale familiale, en gîte. D’une expérimentation à l’autre, il apparaissait que l’acuité des sens était plus développée, que le contexte et l’environnement contribuaient au développement de la créativité, les gestes de travail nourrissant le mouvement dansé, le silence laissant surgir l’écriture.
Le groupe de recherche était composé de :
Simone Forti, artiste américaine, qui développe depuis de nombreuses années, une démarche dans la danse improvisée et l’écriture minutée;
Claude Espinassier, praticien Feldenkrais, qui travaille depuis 10 ans avec des danseurs; Claire Filmon, artiste chorégraphique, Sylvie Giron, artiste chorégraphique, Pierre Halter, géobiologiste, Patrick Laupin, écrivain, Julie Teyssier, anthropologue de la danse, Marie-Claire Gelly Aubaret, initiatrice de l’activité.
14 artistes sont venus rejoindre le groupe de recherche ainsi que deux membres du comité artistique et scientifique de Sentiers :
Catherine Contour , Christine Jouve, Claude Sorin, David Wampach, Emilie Borgo, Ingrid Cogne, Laurence Saboye, Marion Baë, Mathias Poisson, Michèle Ettori, Nathalie Galoppin, Nathalie Rouvière, Olivia Grandville, Thierry Laffont, Véronique Albert. Laurence Louppe, critique et écrivain, Joëlle Vellet, professeur à l’UFR/ STAPS de l’Université Blaise Pascal de Clermont Ferrand.
Quelques exemples d'expérimentation et d'atelier
Atelier d'improvisation intitulé 'le paysage' proposé par Simone Forti
deux personnes se font écho dans le mouvement en relation avec le terrain, les éléments qui les entourent, le paysage. Elles créent leur propre paysage sensible, à l’écoute de l’une de l’autre quelle que soit la distance. Cet atelier s'est déroulé sur les berges du Galeizon. les consignes de cet atelier ont été reprises pour une improvisation lors de la présentation des travaux au public.sur cette page
Expérimentation dans la châtaigneraie, croisant la géobiologie et la danse
Sur une proposition de Simone Forti et Pierre Halter
Après un exposé sur la géobiologie, Pierre Halter initie le groupe à des tests de ressenti de l’énergie du lieu, ceci à l’aide d’outils de mesure spécifiques à la géobiologie : le lobe en forme de poisson, la baguette comme une baguette du sourcier.
Dans un deuxième temps, Simone Forti propose de couper des fougères, à la faucille, au sécateur, à la foin, afin de retrouver les gestes de travail effectués dans ce lieu.
Les fougères sont ensuite utilisées pour réaliser des tapis au sol sur lesquels on pourra développer une improvisation dansée. Trois nids de fougères sont installés, chacun dans un espace bien distincts l’un de l’autre, assez éloignés, trois espaces choisis suite aux tests effectués en géobiologie. Trois groupes se sont spontanément constitués. Chaque groupe construit son nid différemment : dépôt des fougères en vrac, agencement des fougères en spirale ou en carré.
Sur chaque nid de fougères une improvisation dansée démarre. Les groupe constitués se modifient, certaines personnes quittent un groupe pour en intégrer un autre.
Il y a des observateurs, des improvisateurs isolés qui testent d’autres rapports à des éléments naturels, (amas de bruyères séchées, résistance de branches de troncs, …) certains approfondissent l’utilisation des outils du géobiologue.
Dans la châtaigneraie, lieu créé et exploité par le Cévenol, l’activité est intense, les corps s’expriment, se frottent au végétal, au minéral, les sens sont en éveil.sur cette page
Rencontres avec le public
Le 15 juillet à 18h30,
Présentation des travaux, dans la châtaigneraie communale du Plô à Lamelouze.
L’objectif était d’inviter les spectateurs à faire leur propre parcours au travers de diverses propositions artistiques. Tout le terrain et ses abords étaient investis. Des installations ont été réalisées avec des branches, des pierres, des feuillages. Un montage vidéo dévoilait les diverses périodes de travail (de la recherche au stage en passant par des moments du quotidien). sur cette page
Sur le plateau de danse, on pouvait voir des improvisations dansées, écouter des lectures, pratiquer du Feldenkrais.sur cette page
Le 16 juillet à 19h, une soirée sur les Crêtes du Mortissou était organisée par la communauté de communes du Pays Grand Combien, avec les musiciens du groupe Auprès de ma blonde. Le groupe de Déplacements dans le paysage les a rejoints.sur cette page